Deux ans et demi après son lancement « anti-Twitter », Threads vient de franchir un cap symbolique : sur mobile, l’application de Meta attire désormais plus d’utilisateurs quotidiens que X.
Pourtant, dès qu’on quitte l’écran du smartphone pour le navigateur, l’histoire s’inverse brutalement : X domine toujours très largement le Web. Autrement dit : Threads gagne la bataille la plus moderne — mais X conserve la forteresse historique.
Les chiffres qui font mal (ou sourire) : mobile vs web
D’après des données Similarweb reprises par TechCrunch, Threads a atteint 141,5 millions d’utilisateurs actifs quotidiens sur iOS et Android au 7 janvier 2026, contre environ 125 millions pour X sur mobile.
Mais côté web, l’écart est vertigineux : X tourne autour de 145,4 millions de visites Web quotidiennes (autour du 13 janvier), tandis que Threads plafonne à 8,5 millions (Threads.com + Threads.net).
Cette dissymétrie dit beaucoup sur la nature des deux plateformes :
- Threads est devenu un réflexe app-first.
- X reste un objet hybride, très consommé depuis le desktop (journalistes, finance, « work tabs », monitoring, dashboards).
Pourquoi Threads progresse si vite sur smartphone ?
Threads n’a pas « gagné » parce qu’il a inventé un nouveau réseau social. Il progresse parce qu’il a réduit les frictions au maximum : un compte Instagram, un onboarding quasi instantané, une distribution organique via l’écosystème Meta. Résultat : la croissance mobile est régulière, mois après mois, plutôt qu’explosive puis retombante.
Surtout, Meta a compris un point clé : pour retenir, il faut de la matière fonctionnelle, pas seulement un feed.
- Threads a déployé les DM (un vrai seuil psychologique : on passe du « timeline » à la relation).
- La plateforme a ajouté des mécaniques plus communautaires et des évolutions produit en continu (communities, filtres, etc.).
- Elle a même introduit des formats éphémères comme les « ghost posts » qui disparaissent après 24 heures.
- Et elle teste des idées d’engagement plus « messagerie » comme des mini-jeux en chat.
C’est une stratégie typiquement Meta : densifier le produit pour que l’utilisateur ait une raison de revenir — même quand l’actualité est calme.
Pourquoi X résiste sur le web (et ce que Threads n’a pas encore « réglé ») ?
Le Web, c’est le territoire de l’usage « professionnel » : lecture rapide, multi-colonnes, veille, liens, citations, intégrations. X y conserve un avantage structurel : des habitudes ancrées et un rôle de « place centrale » pour certains métiers.
Threads, lui, paie encore un positionnement originel très mobile et très Instagram-dépendant. Même si Threads a renforcé son offre web, le réflexe collectif reste : « Threads = app », « X = web + app ». Les chiffres Similarweb reflètent ce biais culturel autant que technique.
L’ombre de Grok : un problème d’image plus qu’un facteur unique de l’écart
Dans le débat public, X traverse aussi une séquence délicate autour de Grok et de controverses liées à la génération/édition d’images, avec des réactions politiques et médiatiques, et des ajustements annoncés côté xAI.
Le signal de janvier 2026 est net : sur mobile, Threads a pris l’avantage en usage quotidien. Mais le match global reste loin d’être plié, parce que le web pèse encore lourd dans la perception d’influence, de temps réel et de centralité médiatique — et là, X continue d’écraser Threads.
La prochaine étape est presque écrite : si Meta veut vraiment « finir le travail », il devra faire du web Threads un produit aussi naturel et indispensable que l’app. Sinon, Threads deviendra le réseau social des moments libres, pendant que X restera — malgré ses turbulences — l’outil des moments où l’on travaille.
