Microsoft abandonne les SMS dans Entra ID et impose la transition vers les passkeys

par Yohann Poiron le 15/08/2026

Le SMS a longtemps constituĂ© la porte d’entrĂ©e la plus simple vers l’authentification Ă  deux facteurs. Microsoft estime dĂ©sormais que cette simplicitĂ© est devenue une faiblesse : face Ă  des campagnes de phishing toujours plus automatisĂ©es par l’IA, Entra ID va progressivement privilĂ©gier les passkeys avant de mettre fin, en fĂ©vrier 2027, Ă  la fourniture native des codes SMS et vocaux par Microsoft.

Microsoft veut sortir de l’ère du code reçu par SMS

Microsoft accĂ©lère sa transition vers une authentification rĂ©sistante au phishing. Ă€ compter du 1er septembre 2026, les utilisateurs de Microsoft Entra ID actuellement autorisĂ©s Ă  s’authentifier par SMS ou appel vocal seront automatiquement rendus Ă©ligibles aux passkeys et pourront ĂŞtre invitĂ©s Ă  en enregistrer une lors de leur connexion.

Le changement deviendra beaucoup plus important le 1er fĂ©vrier 2027. Ă€ cette date, Microsoft cessera de fournir nativement l’acheminement des SMS et appels vocaux utilisĂ©s pour l’authentification multifacteur dans Entra ID. Les utilisateurs qui ne disposent alors que de ces mĂ©thodes devront enregistrer une passkey avant de pouvoir poursuivre leur connexion.

Pour Microsoft, le constat est dĂ©sormais clair : SMS et appels vocaux ne doivent plus ĂŞtre considĂ©rĂ©s comme des mĂ©thodes suffisamment sĂ»res pour protĂ©ger les identitĂ©s professionnelles. Le groupe pousse Ă  la place des technologies reposant sur la cryptographie, comme les passkeys, Windows Hello ou les clĂ©s de sĂ©curitĂ© FIDO2.

Ce n’est donc pas simplement une nouvelle option ajoutée dans Entra. Microsoft cherche progressivement à déplacer le standard de sécurité lui-même.

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L’IA donne une nouvelle dimension au phishing

La dĂ©cision intervient alors que l’intelligence artificielle facilite considĂ©rablement la crĂ©ation et l’automatisation de campagnes de phishing. Microsoft explique que les cyberattaques deviennent plus automatisĂ©es et davantage alimentĂ©es par l’IA. Selon les donnĂ©es citĂ©es par l’entreprise dans son Security Blog, certaines campagnes de phishing utilisant l’IA peuvent atteindre des taux de clic allant jusqu’à 54 %.

L’IA ne « pirate » évidemment pas directement un SMS. Elle réduit plutôt le coût et la difficulté des opérations qui précèdent le vol d’un compte.

Des attaquants peuvent générer plus rapidement des e-mails crédibles, adapter leurs messages à une cible particulière, automatiser certaines interactions ou reproduire le ton d’un service légitime. Lorsqu’un utilisateur finit par communiquer son mot de passe ou un code à usage unique, l’efficacité de la seconde couche de sécurité s’effondre.

À cela s’ajoute le risque du SIM swapping, où un attaquant parvient à transférer le numéro de téléphone d’une victime vers une carte SIM qu’il contrôle.

Microsoft souligne précisément que les passkeys sont conçues pour résister au phishing, au SIM swapping et aux attaques par rejeu. Contrairement à un code que l’utilisateur peut recopier sur une fausse page, elles utilisent des clés cryptographiques associées au service légitime.

Les passkeys changent profondément le modèle de sécurité

Le principe d’une passkey est relativement simple pour l’utilisateur. Au lieu de saisir un mot de passe puis un code reçu par tĂ©lĂ©phone, l’authentification peut s’effectuer avec le mĂ©canisme dĂ©jĂ  utilisĂ© pour dĂ©verrouiller un appareil : reconnaissance faciale, empreinte digitale ou code PIN local.

Sous cette interface familière fonctionne cependant une architecture très différente.

La passkey utilise une paire de clĂ©s cryptographiques. La clĂ© privĂ©e reste protĂ©gĂ©e sur l’appareil ou dans un gestionnaire d’identifiants synchronisĂ©, tandis que le service conserve la partie publique nĂ©cessaire Ă  la vĂ©rification. Cette architecture permet surtout d’éliminer l’un des ressorts fondamentaux du phishing : un utilisateur ne possède plus de secret rĂ©utilisable qu’il peut accidentellement transmettre Ă  un attaquant.

Microsoft Entra ID prend dĂ©sormais en charge aussi bien les passkeys synchronisĂ©es entre plusieurs appareils que les passkeys liĂ©es Ă  un appareil, notamment via Microsoft Authenticator, Windows ou certaines clĂ©s de sĂ©curitĂ© FIDO2.

Un calendrier en deux étapes pour les entreprises

Pour les administrateurs informatiques, la première date importante est donc le 1er septembre 2026. Les utilisateurs autorisĂ©s Ă  employer SMS ou appels vocaux dans la politique des mĂ©thodes d’authentification d’Entra seront automatiquement activĂ©s pour les passkeys. Microsoft placera Ă©galement les campagnes d’enregistrement concernĂ©es dans un mode gĂ©rĂ© par ses soins afin d’encourager progressivement les utilisateurs Ă  migrer.

Microsoft prévoit toutefois une possibilité de désactiver temporairement cette migration automatique entre septembre 2026 et février 2027, afin de laisser aux organisations le temps d’adapter leur infrastructure.

Le vĂ©ritable point de rupture interviendra le 1er fĂ©vrier 2027. Ă€ partir de cette date, le service d’envoi SMS et vocal fourni directement par Microsoft disparaĂ®tra d’Entra ID. Il n’existera pas d’option permettant de repousser cette Ă©chĂ©ance pour continuer Ă  utiliser le service de tĂ©lĂ©communication natif de Microsoft.

Toutefois, une nuance importante s’impose : cela ne signifie pas que tout usage professionnel du SMS deviendra techniquement impossible. Microsoft prĂ©voit une solution pour les organisations disposant d’exigences rĂ©glementaires ou opĂ©rationnelles spĂ©cifiques. Celles-ci pourront s’appuyer sur un fournisseur tĂ©lĂ©com gĂ©rĂ© par le client via le Microsoft Security Store afin de continuer Ă  utiliser SMS ou voix dans certains scĂ©narios.

Autrement dit, Microsoft ne bannit pas totalement le canal tĂ©lĂ©phonique : il cesse d’en faire une mĂ©thode native et recommandĂ©e dans Entra ID.

Les comptes Microsoft personnels suivent la mĂŞme direction

La stratégie ne concerne pas uniquement les entreprises. Microsoft a également commencé à retirer progressivement les codes SMS de l’authentification et de la récupération des comptes Microsoft personnels. Le groupe présente désormais le SMS comme une source importante de fraude et oriente ses utilisateurs vers les passkeys et les adresses e-mail vérifiées.

Cela concerne potentiellement les comptes utilisés pour des services comme Outlook, Xbox ou certaines connexions à Windows.

Microsoft ne communique toutefois pas, dans sa documentation publique actuelle, une Ă©chĂ©ance gĂ©nĂ©rale Ă©quivalente au 1er fĂ©vrier 2027 pour tous les comptes personnels. La transition est donc bien engagĂ©e, mais son calendrier ne doit pas ĂŞtre confondu avec celui de Microsoft Entra ID.

Microsoft ne veut plus sĂ©curiser les mots de passe : il veut les contourner

Derrière cette Ă©volution se dessine une transformation beaucoup plus large de l’identitĂ© numĂ©rique. Pendant des annĂ©es, l’industrie a tentĂ© de renforcer le mot de passe en lui ajoutant une seconde vĂ©rification : code SMS, notification sur smartphone ou application d’authentification.

L’arrivée des passkeys inverse la logique.

Plutôt que de multiplier les barrières autour d’un secret que l’on peut voler, les acteurs du secteur cherchent à supprimer progressivement ce secret lui-même. Microsoft explique d’ailleurs avoir déjà éliminé les méthodes d’authentification les plus faibles dans son propre environnement interne et déployé des solutions résistantes au phishing pour la quasi-totalité de ses utilisateurs et appareils.

L’essor de l’IA accélère cette transition. À mesure qu’un attaquant peut produire des messages plus crédibles, automatiser ses campagnes et personnaliser ses techniques d’ingénierie sociale, la sécurité ne peut plus reposer uniquement sur la capacité d’un utilisateur à reconnaître une tentative de fraude.

La rĂ©ponse de Microsoft consiste donc Ă  rendre certains secrets impossibles Ă  divulguer, mĂŞme lorsque l’utilisateur est trompĂ©. Et, c’est peut-ĂŞtre lĂ  le vĂ©ritable changement : dans un monde oĂą le phishing devient plus convaincant, la meilleure authentification pourrait ĂŞtre celle qui ne demande plus Ă  l’utilisateur de distinguer le vrai du faux.