Bluesky continue de faire évoluer son réseau au-delà du simple texte. La plateforme autorise désormais les vidéos pouvant atteindre 10 minutes, contre 3 minutes auparavant, avec une taille maximale de 300 Mo et des téléchargements annoncés comme nettement plus rapides.
Ce changement rapproche Bluesky des plateformes davantage orientées vidéo et pourrait surtout profiter à tout l’écosystème construit sur l’AT Protocol. Une évolution stratégique à un moment où le réseau cherche aussi à enrayer une baisse de son usage actif.
Bluesky multiplie par plus de trois la durée maximale des vidéos
La nouvelle limite passe officiellement à 10 minutes par vidéo. Bluesky avait déjà relevé son plafond à 3 minutes l’année dernière, mais cette nouvelle étape change davantage la nature des contenus qu’il devient possible de publier.
Dix minutes suffisent pour proposer des interviews courtes, des explications détaillées, des extraits de podcasts, des critiques ou des formats éducatifs qui dépassent largement le simple clip social.
La plateforme se rapproche ainsi du plafond de 10 minutes associé à certaines créations TikTok, tout en dépassant les cinq minutes proposées par Threads pour les vidéos classiques.
Les fichiers peuvent atteindre 300 Mo
Bluesky accompagne cette extension d’une limite de fichier portée à 300 Mo. La plateforme avait déjà commencé à relever cette capacité en juin, précisément pour préparer l’arrivée de vidéos plus longues.
Ce plafond reste relativement contenu par rapport aux possibilités offertes aux abonnés premium de X, mais il correspond davantage à la philosophie de Bluesky : permettre des vidéos plus longues sans transformer immédiatement le réseau en plateforme d’hébergement de fichiers massifs.
Pour l’utilisateur, la différence devrait surtout se traduire par davantage de liberté au moment de l’encodage et moins de nécessité de compresser agressivement les vidéos avant leur publication.
Des uploads jusqu’à trois fois plus rapides
La durée n’est pas la seule amélioration. Bluesky affirme que les téléchargements vidéo sont désormais deux à trois fois plus rapides. Cette optimisation est probablement aussi importante que l’augmentation de la limite elle-même.
Une vidéo de plusieurs centaines de mégaoctets devient vite pénible à publier si l’envoi prend plusieurs minutes ou échoue régulièrement. Accélérer cette étape permet de réduire la friction pour les créateurs, surtout depuis un smartphone ou une connexion mobile. Bluesky cherche donc à améliorer simultanément ce que les utilisateurs peuvent publier et la facilité avec laquelle ils peuvent le faire.
Le changement bénéficie aussi à l’écosystème AT Protocol
L’une des particularités de Bluesky reste son architecture ouverte. La plateforme repose sur AT Protocol, qui permet à d’autres applications de s’appuyer sur la même infrastructure sociale. Des services comme Bluescreen, Reelo ou Skylight pourront donc eux aussi tirer parti de vidéos plus longues.
C’est un détail stratégique. Lorsque Bluesky améliore certaines capacités fondamentales du protocole, la valeur ne se limite pas nécessairement à son application principale.
L’écosystème peut développer différentes interfaces spécialisées autour des mêmes contenus et comptes. La vidéo longue pourrait ainsi accélérer l’apparition d’applications davantage orientées vers le divertissement ou les créateurs.
Bluesky se rapproche de TikTok, mais reste loin de X Premium
La concurrence offre aujourd’hui des approches très différentes. Threads permet des vidéos de plusieurs minutes et continue lui aussi d’enrichir ses fonctions multimédias. TikTok reste naturellement beaucoup plus centré sur la vidéo, avec des formats courts et longs intégrés au cœur de son expérience. X adopte une stratégie différente : les utilisateurs gratuits restent limités à 140 secondes, tandis que les abonnés Premium peuvent publier des vidéos allant jusqu’à quatre heures sur le Web et iOS, avec des fichiers atteignant 16 Go.
Bluesky ne cherche donc pas à battre X sur la durée brute.
L’objectif semble plutôt être de rendre la vidéo suffisamment flexible pour qu’un créateur n’ait plus besoin de quitter la plateforme dès qu’un contenu dépasse quelques minutes.
La vidéo devient incontournable, même pour les réseaux centrés sur le texte
Cette évolution illustre un mouvement devenu presque universel. Les réseaux sociaux historiquement construits autour du texte cherchent tous à renforcer leur offre vidéo. La raison est simple : la vidéo génère beaucoup de temps passé, ouvre davantage de possibilités publicitaires et attire une économie de créateurs que le texte seul peine parfois à retenir.
X investit depuis plusieurs années dans cette direction, Threads ajoute régulièrement de nouvelles fonctions de création, et Bluesky suit désormais le même chemin.
Le risque serait évidemment de perdre une partie de l’identité qui avait permis au réseau de se différencier.
Bluesky doit relancer son engagement
Le timing n’est pas anodin. Selon des données de Similarweb rapportées récemment, Bluesky connaît une baisse sensible de son usage actif sur mobile. Le réseau comptait environ 10,4 millions d’utilisateurs actifs mensuels mobiles dans le monde en juin 2026, soit une baisse de 27,2 % sur un an. Les utilisateurs actifs quotidiens mobiles auraient eux aussi reculé d’environ 25,6 % sur un an en juillet, à près de trois millions.
Ces données ne signifient pas que Bluesky ne grandit plus en nombre de comptes enregistrés. La plateforme approche au contraire les 46 millions d’inscriptions. Mais, elles montrent qu’une partie des utilisateurs arrivés pendant les grandes vagues de migration depuis X ne sont pas restés actifs au même rythme.
Plus de formats pour retenir davantage de créateurs
La vidéo de 10 minutes peut justement contribuer à résoudre une partie du problème. Plus les formats disponibles sont limités, plus les créateurs sont obligés de publier ailleurs. Un vidéaste peut utiliser Bluesky pour annoncer un nouveau contenu, mais renvoyer son audience vers YouTube, TikTok ou une autre plateforme pour le regarder.
En autorisant des vidéos plus longues, Bluesky peut conserver davantage de cette consommation directement dans son application. Cela augmente potentiellement le temps passé et donne aux créateurs davantage de raisons d’investir réellement dans la plateforme.
Mais, ce n’est qu’une première étape.
Le vrai enjeu sera la découverte des vidéos
Autoriser des vidéos de 10 minutes ne suffit pas à construire une plateforme vidéo, il faut aussi permettre aux utilisateurs de les découvrir. TikTok a construit son succès sur un algorithme de recommandation particulièrement efficace, YouTube possède une infrastructure de recherche, de recommandation et de monétisation extrêmement mature, et Bluesky repose davantage sur des flux personnalisables et un écosystème ouvert.
Cette différence pourrait produire une expérience vidéo originale, mais elle exige de nouvelles interfaces capables de mettre ces contenus en valeur. Sans cela, les vidéos longues risquent simplement de devenir des publications plus lourdes perdues dans un fil pensé historiquement pour le texte.
L’AT Protocol pourrait devenir l’avantage inattendu de Bluesky
C’est précisément là que l’architecture ouverte pourrait jouer un rôle. Une application compatible AT Protocol pourrait choisir de ne montrer presque que des vidéos. Une autre pourrait privilégier les contenus longs. Une troisième pourrait proposer une expérience proche de TikTok sans obliger les créateurs à reconstruire leur communauté depuis zéro.
Cette modularité distingue Bluesky des réseaux sociaux centralisés traditionnels.
Au lieu d’essayer de faire entrer tous les usages dans une seule application, l’écosystème pourrait laisser différents clients construire leurs propres expériences autour du même réseau.
Bluesky ne veut plus être seulement une alternative à X
L’extension des vidéos à 10 minutes paraît au premier regard être une simple mise à jour technique. Elle révèle pourtant une évolution plus importante. Bluesky cherche progressivement à dépasser son image initiale d’alternative décentralisée à Twitter ou X. Le réseau ajoute de l’IA, développe de nouveaux outils autour des feeds et renforce désormais sérieusement la vidéo.
Cette diversification arrive au moment où la croissance d’usage ralentit, ce qui augmente la pression pour trouver de nouveaux leviers d’engagement.
Le défi sera de grandir sans devenir une copie des plateformes existantes. Car l’intérêt de Bluesky n’a jamais été de faire exactement ce que fait X, Threads ou TikTok.
Sa meilleure carte pourrait justement être de permettre à plusieurs expériences sociales différentes de cohabiter sur la même infrastructure — et la vidéo de 10 minutes donne désormais à cet écosystème beaucoup plus de matière pour expérimenter.
